À quelques heures de Huay Xai et de la frontière thaïlandaise, nous accomplissons une escale au village ethnique de Ban Kontun. Le fleuve Mékong compte de nombreux petits rapides peu profonds à cet endroit, d'où le village tire son nom.
Ses habitants appartiennent à l'ethnie Tai Lue, qui fuirent la région du Yunnan, au sud-ouest de la Chine, pour les territoires qui deviendront le Laos à partir du VIIIe siècle de notre ère. On les rencontre aujourd'hui dans les provinces septentrionales du Laos – Bokeo, Luang Namtha, Phongsaly, Luang Prabang et Sayabouly. Les Tai Lue vivent traditionnellement au fond des vallées et dans les plaines. Le village compte 180 foyers pour une population de 850 personnes.
Les maisons traditionnelles des Tai Lue sont sur de hauts pilotis ce qui laisse assez de place au sol pour stocker des outils et du bois de feu ou pour y installer des métiers à tisser. L'étage est séparé en deux longitudinalement : le large balcon sert de pièce de séjour et de chambre d'amis, tandis que la pièce unique fait fonction de dortoir, une extrémité étant dédié à la cuisine. Les maisons s'ornent de petites fenêtres et d'une toiture à double faîtière. Elles font face au fleuve, une orientation considérée comme favorable.
L'agriculture constitue l'activité principale des hommes du village, qu'ils travaillent les rizières ou qu'ils cultivent d'autres plantes. Les productions excédentaires sont cédées à des marchands qui passent sur le fleuve Mékong. Les femmes Tai Lue sont des tisserandes réputées, qui cultivent le coton et soignent les indigotiers pour tisser et teindre. La soie qu'elles utilisent provient, elle, d'autres provinces. Les femmes Tai Lue vendent elles aussi leur surplus de production aux capitaines-marchands du Mékong. Les femmes ont aussi la responsabilité du soin de la famille. Les villages proches échangent des produits et se tiennent informés par des visites fréquentes.
Les femmes portent un sinh, la jupe tubulaire traditionnelle du Laos, qu'elles ont en général tissé elles-mêmes. Les hommes portent des vêtements bleus ou noirs et enroulent une étole sur la tête. Ils ont souvent le corps tatoué, une pratique attestée depuis plus de 2 000 ans. Ces dessins symboliques préservent leur porteur des mauvais esprits et des maladies… sans oublier que les femmes Tai Lue les trouvent très masculins et attractifs.
Note : En période de très basses eaux, nous nous rendons dans un autre village, disposant d'un accès plus facile pour les bateaux. |